Sans mirage aucune expédition ne se mettrait en route, mais…

« Un jour je tentais l’exploration de cet inconnu. Je revins moulu de fatigue, déchiré de ronces,
épuisé de soif et de faim. Au terme de cette montée que j’avais voulue sans détours, j’avais
seulement trouvé une double déception : le lacet d’une route, prosaïquement identique à tout autre
lacet des routes du pays et au bout du lacet sur lequel je m’étais finalement résigné à m’acheminer
d’autres lacets encore, et toujours d’autres pentes, d’autres montagnes, qu’il n’était plus question
de gravir … Je me demande parfois si cette expérience de prime jeunesse n’a pas fomenté déjà
subrepticement cette théorie du mirage à laquelle je suis si souvent enclin pour une sociologie de
l’espérance : sans mirage aucune expédition ne se mettrait en route, mais toute expédition
enfin mise en route trouve autre chose et beaucoup moins bien que son mirage. Les
trajectoires coopératives - comme celles de tout autre mouvement social - auraient à s’expliquer,
elles aussi, avec leurs espérances. » !


Henri Desroche - Le projet Coopératif- Editions Economie et Humanisme, Les éditions ouvrières -
1976. (405 pages)

 
 

Légende photo : Gilles Chabré - Les bois autour de ma maison (2005)